Les Débutantes

Trrr

Thiago Granato

Comme une offrande.

C’est la troisième partie d’un triptyque qui entend construire une danse comme un dialogue avec des chorégraphes morts, vivants ou pas encore nés. Ça peut paraître prétentieux, verbeux. Surtout si on nous dit que le passé est devant et le futur derrière… Mais faut-il encore lire les programmes ? Avec une danse minimaliste, essentiellement fondée sur la marche et les variations quasi infinies que celle-ci peut offrir, Thiago Granato construit presque mathématiquement un espace propre à un rituel chamanique, une transe qui décuple notre conscience et nous rend disponibles à tous les possibles. Il semble dire que face à ce qui nous attend, la danse contemporaine est bien vaine, qu’on marche et continue de marcher sans avoir plus les moyens de continuer, dans le dénuement le plus total. Il convoque Artaud en modulant sa voix, annonçant prophétiquement que tout va disparaître, mais aussi une entité numérique symbolisée par des diodes qui archiverait tout le savoir et même nos sentiments comme les maîtres d’internet sont déjà aujourd’hui tentés de le faire. Et lui est là seul, comme traversé par ces voix, offrant son corps sur un ready-made tabouret à roulette. C’est fin. C’est simple. Et ça semble venu du fond des âges. Comme une offrande. Avec une incroyable humanité et une grande modestie qui forcent le respect. Et nous, nous assistons à cette cérémonie, nous sommes mêmes invités à y participer et ça n’est pas verbeux. C’est essentiel. C’est ici et maintenant.

Thomas Adam-Garnung

vu à :
Tanz im August, Berlin
photographie :
Sebastian Gabsch