synopsis et notes de mise en scène


1.Entrée des spectateurs


Les spectateurs entrent et c’est comme si le spectacle avait déjà commencé, comme s’ils en avaient raté le début : sur le plateau, ils sont tous là, ils attendent, certains assis sur des tabourets, d’autres debout, isolés ou en groupe. Costumes sombres, chemises blanches, pieds nus. Certains se parlent en chuchotant. C’est mouvant, fluide, rien de figé. Ils peuvent même s’échauffer, boire de l’eau. Comme s’ils se préparaient.

L’un d’entre eux chante a capella une sorte de stabat mater, haute contre, baroque. C’est parfois faux. Les autres ne font rien que regarder les spectateurs qui s’installent, ils les regardent avec défiance, avec gravité. Un peu comme s’ils les mettaient en demeure de prendre place, vite. Regards durs, visages fermés, presque en colère ou excédés.

Le dernier spectateur installé, la lumière dans le public s’éteint. À ce moment, deux acteurs se rapprochent du chanteur. Ils le brusquent. Comme pour le faire taire. Mais il continue de chanter. Alors ils le jettent à terre, versent du faux sang sur son visage. Puis ils le tabassent. Les coups sont portés. C’est violent, cru. L’un des musiciens fait à vue des bruitages pour accompagner les coups.

Les autres ne changent rien. Ils continuent de regarder les spectateurs comme pour les empêcher d’intervenir, comme pour leur signifier qu’ils n’interviennent pas.

Les tortionnaires évacuent le corps en coulisse. Les musiciens bruitent ce qui s’y passe. L’un des acteurs nettoie la flaque de sang comme pour effacer toute trace du crime, comme s’il ne s’était rien passé. C’est méthodique.

Un autre acteur sort. Les deux tortionnaires reviennent.


Un début comme une fin, comme si c’était déjà fini, la fin des répétitions, la fin de ce moment entre nous. Tout devient public. C’est un rituel. C’est ésotérique. Initiation.

Un invité qu’on tolère, à qui on ne concède qu’une seule place, la sienne, celle de celui qui n’interviendra pas, qui restera dans l’ombre, le spectateur. Mettre en lumière dès le début tous les ressorts du spectacle. Tout est visible, tout est à vue, même l’échauffement.

Le minimalisme des costumes qui signe sans risque une certaine forme de théâtre. Un ersatz d’opéra, une caricature de spectacle, de ce que nous identifions si hâtivement comme spectaculaire. La partie suggère le tout. Mais la partie n’est pas harmonieuse. Provoquer un malaise, faire en sorte que dès le début on ait envie que ça cesse.

C’est un sas.

Alors d’emblée cette violence si quotidienne. C’est peut-être ça, le spectaculaire, ce que nous pouvons voir tous les jours. Une violence à laquelle nous participons puisque nous n’intervenons pas. Mais ici tout est artifice, l’effet précède la cause, les bruitages tendent au grotesque. C’est la distance nécessaire.


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