le projet


Après un travail sur les origines du théâtre, avec 1 Orestie d’après Eschyle, il était important pour moi de revenir à une forme plus libre, plus contemporaine de la représentation. Et de reprendre, là où je l’avais laissée, la série des Projets Vercors. Ces pièces performances nous avaient permis d’interroger, au théâtre, la notion de groupe, l’envie d’en faire partie tant ceux qui le composent semblent soudés, forts, heureux et le rejet de ce même groupe tant leur bonheur nous exclut au final.

Reprenant à l’identique le mode opératoire des précédents épisodes (beaucoup de gestes, peu de mots, de la vidéo et de la musique live), nous nous sommes intéressés cette fois à la problématique du spectacle même, de ce que nous faisons, sans jamais vraiment pouvoir le nommer. « Un faire qui n’a pas de nom », voilà la réponse que donnent les sorcières à Macbeth lorsqu’il les questionne.

Et le théâtre c’est peut-être ça avant tout. De l’indicible. Alors nous avons raréfié le discours, tenté de construire une narration flottante qui se passerait de mots. Nous avons interrogé notre pratique, nous nous sommes demandé comment faire un spectacle, comment produire du spectaculaire, aujourd’hui, au théâtre, face à ces spectaculaires écrasants et dévorants que peuvent être le cinéma, la mode ou encore la musique pop.

Le Projet Vercors 2.0 commençait comme une fin, non pas pour aller à rebours, juste pour aller au-delà du spectacle. De la même façon, nous avons travaillé à la marge, nous sommes resté sur le fil du rasoir, que le danger demeure, pas assez fixé pour préserver la chaleur du vivant, pas assez aléatoire pour ne pas être gratuit, loin du conceptuel, avec le secret désir de susciter des émotions.

Au cœur d’un dispositif modulable qui met l’accent sur la performance, éclairés en partie par une vidéo projetée durant tout le spectacle, les artifices deviennent visibles, les effets précèdent les causes, et la représentation se montre en train de se faire. Comme dans les nombreuses pièces de Shakespeare où l’on voit une pièce interprétée dans la pièce. Montrer les oripeaux, se frotter à l’image cinématique comme un contrepoint. Le théâtre comme alternative à la logique froide du réel. Avec cette force du groupe, de l’ensemble : pas moins de dix acteurs sur scène et deux musiciens. C’est en ce sens qu’on peut parler de pièce de résistance. Et c’est une quadrature du cercle, une pièce impossible que nous voulons offrir pour conjurer le sort, pour dire qu’on peut faire beaucoup avec peu, que mêler théâtre, musique, vidéo et danse, c’est s’autoriser des rencontres insolites loin du formatage consumériste.

On peut bien démonter une horloge et découvrir que la magie n’est pas dissimulée dans le mécanisme.


Thomas Adam-Garnung